PHILOSOPHIE

PHILOSOPHIE

VILLE

Ouvrir le « carnet curieux » de Rémy Marciano est comme partir, entre les lignes, entre les mots, des rives de la Méditerranée aux villes italiennes, comme découvrir une géographie marseillaise faite d’autoroutes, de cités HLM, d’interstices, comme se perdre dans une série de détails dessinés au détour des rues de Beyoglu…
« Dans ses interstices, la géographie marseillaise crée de belles surprises, lesquelles racontent la nature en ville. Nous sommes ici des promeneurs qui se nourrissent de la poésie du chaos mais nous ne devons pas oublier que des gens y vivent. » L’homme au cœur, de citer le sociologue Michel Peraldi : « le monument à Marseille, c’est sa population ». Toutefois, à l’auteur de revenir sur son thème de prédilection. Marseille, c’est aussi « raconter des histoires de paysages marqués par une urbanisation sauvage de nécessité ».


ARCHITECTURE

Afin d’éviter tout objet décontextualisé, l’écriture est salvatrice ; « la narration comme contrat moral », résume l’architecte. « Les clients ou les usagers ne sont pas seulement dans un espace, ils sont aussi dans une histoire, un récit. » Ainsi, chaque réalisation de devenir une « chronique », dixit l’intitulé du book de l’agence. Stylo à la main donc, avec dix collaborateurs. « J’essaye de raconter le projet qui est dans la convocation, dans le scénario. Je ne suis pas dans la statistique. C’est avant tout une méthode
de l’approximation », assure l’architecte. L’enseignant qu’il est, de reprendre : « Je demande à chacun de mes élèves de travailler un “carnet curieux” ». Sur les pages, une somme de détails, un mélange duquel doit naître le projet. « Il s’agit d’une vision à la fois identitaire, rêvée, onirique. Dès qu’il est question de concevoir, je me positionne entre réalisme et analyse », révèle Rémy Marciano. « Le caractère obsessionnel de certaines postures permet d’affirmer une position, un engagement ». Au regard de l’histoire de l’architecture, « il y a des images de projets qui ont davantage apporté que des réalisations. Ces images ont levé des verrous. Elles ont été des déclics. Cosa mentale ! », assure-t-il. Renverser l’image.
Perturber le sens de l’orientation. Aller au-delà des conventions et sans cesse proposer «des récits tactiles et immatériels ». Cosa mentale ou presque.
(Entretien avec Jean-Philippe Hugron, journaliste, Le Courrier de l’architecte)


MATIÈRES

L’architecture de Rémy Marciano est juste, originale et sensible, pourrait-on tenter de résumer. C’est un amoureux de la matière, de la masse et de la texture ; il transforme le matériau brut et laisse des empreintes, des traces. Il faut que ça vibre, que la peau soit le support d’une histoire, celle du bâtiment, de sa relation au site et à son fonctionnement propre. Au-delà de l’esthétique de chaque projet, c’est le sens qui compte, une attitude qui projette son architecture au-delà de la banalité.
(Susanne Stacher, architecte, journaliste Architecture aktuel)